dimanche 24 juillet 2011

Cuenca la douce

Une fois n'est pas coutume, Clementine encore dans le coin, on en profite pour s'échapper ensemble. Ce week-end (ou plutôt celui d'il y a deux semaines... boulot oblige, j'ai pris du retard à vous conter mes histoires), nous étions donc à Cuenca, toujours dans la Sierra (région centrale d'altitude) mais plus au sud. Tellement "loin", 500 km imaginez que j'ai pris l'avion pour y aller. Faut dire, en bus, c'était 10 heures de trajet et la même chose au retour, et comme je ne voulais pas voyager de nuit et bien, j'ai payé (100 euros le billet) mais ça en valait la peine, mais pourquoi donc ????



D'une part, le décollage prévu un peu avant 18h me permettait de ne pas me presser et donc d'accepter sans souci l'invitation à déjeuner qui me fut faite : celle de mes étudiants du matin qui terminaient juste leur SUPER GROSSE EVALUATION de fin de niveau 1 et qui pour l'occasion me débauchèrent pour déguster du "chancho hornado", rappelez-vous ce cochon rôti, plat typique du bled où je vis, Sangolqui. Nous nous y sommes donc rendus tous ensemble et là, souvenir de mon chaperon préféré Freddy qui m'avait emmenée à ce même endroit, il y a cinq mois, à mon arrivée ! C'est avec plaisir que je mange mon plat (mais que je ne finis pas, c'est toujours aussi copieux) mais aussi que je déjeune avec mes étudiants qui font un effort incroyable et qui m'épatent même en tenant quasi tout le repas en français, des conversations simples assurément mais tout de même ! Et hop, une prof contente !


Le temps de leur souhaiter une bonne semaine sans moi (y'a break entre les deux niveaux) et je file faire mon sac pour partir. Skype, Chouchou, bus Vingala, taxi et me voilà à l'aéroport, juste à temps pour monter dans l'avion, ça a du bon de voyager léger et avec un billet électronique (Chouchou a trop d'influence sur moi). Sur le tarmac, ô joie, j'avais réussi à avoir un siège au hublot et côté gauche... bien joué Super Choupi car... tu as le droit à une vue sur le Cotopaxi depuis le tarmac ! On peut même voir son petit cône entre deux bandes de nuages, si ça c'est pas la classe (pour le moment). Il est 18 heures, on décolle, il fait encore jour mais la lumière du couchant embrase le ciel à ma droite et donne donc une teinte rosée à... tous les volcans dégagés ! Youhou !!! Vous me lisez déblatérer sur les volcans depuis que je suis là et point tellement de photos miennes et bien voilà, c'est réparé !!

Le Coto depuis le tarmac

Admirez plutôt : sur votre gauche, un premier sommet enneigé, le Cayambe (5 785m, situé à 70 km au nord-est de Quito) et oui, c'est lui !

Le Cayambe
Un peu plus loin, mais pas trop, l'Antisana (5 753m, à 50 km au nord-est de Quito, quatrième sommet du pays) !

Antisana

Et le clou du spectacle, l'admirable Cotopaxi (5 897m, sud-est de Quito) au cône enneigé totalement dégagé et qu'on a quasi frôlé, si si je vous assure, regardez la photo !






Et pour finir, dans mon hublot, deux d'un coup d'un seul, le Coto en premier plan et l'Antisana au fond, c'est pas beau ça ? Et bien en tous les cas, moi j'étais ravie et ça valait le coup !



19h, je descends de l'avion et là, message de ma comparse qui m'informe qu'elle est bloquée à Alausi, le patelin où nous avions pris le train en avril avec les parents... autant dire que ce n'est pas tout près. Mais donc, elle y reste ou elle est toujours en chemin ? Et bien, croyez-le, les passagers ont convaincu le chauffeur d'emprunter la route où avait eu un éboulement pour essayer de passer. A la vitesse d'une tortue donc, ils ont fini par passer et Clémentine par me retrouver à Cuenca vers minuit et demie ! Moi, je dormais déjà car arrivée plus tôt, j'avais été chargée de réserver l'hostal. C'est ainsi que nous étions logées à l'hostal "Turista del mundo", situé dans la calle larga con Hermano Miguel. Un petit couple d'Equatoriens charmants m'y avaient accueuillie, merci Wilson ! Pour 6$ par personne par nuit, on a une grande chambre avec deux lits doubles, une salle de bain commune et l'accès à la cuisine, au balcon et à la salle de détente avec hamac et lecteur DVD, royal ! Clémentine arrivée, on peut s'endormir tranquilles et recharger les batteries pour la visite de Cuenca demain !

Cuenca est de ces villes qu'on visite avec plaisir car point trop de circulation, des rues sympathiques et calmes et une belle architecture. Il n'en fallait pas plus pour qu'on arpente les rues du matin au soir ! Pour démarrer, on a remonté la Calle Larga ("grande rue") jusqu'au marché central couvert où on a agréablement retrouvé des impressions boliviennes. En effet, la tenue traditionnelle des habitantes de Cuenca n'est pas sans nous rappeler nos cholitas de Tarija : des tresses, des jupons gonflés et le tablier bleu à carreaux des commerçantes. Nous, on est ravies ! On entre dans le hall et là, sur votre gauche le hall boucherie-charcuterie, le tout à l'air sans vitrine réfrigérée. Vive la saucisse ! On monte et à l'étage, y'a les fruits et les légumes, les pois et aussi les stands pour manger. Ca tombe bien, on n'a pas petit déjeuné donc c'est parti : un verre de morocho (boisson chaude avec du lait et de l'orge, de l'anis, c'est bon) et des empanadas géantes de fromage pour Clem et une humita et un sandwich de fromage pour moi. Pour compléter l'apport en bonnes énergies : un jus de carottes pour Clem et de tamarindo pour moi... mais qu'est-ce que c'est le tamarindo ?

Clem arrivera-t-elle à manger cette empanada géante ? euh... oui même 2 !

Morocho et humita pour moi

Fruit du tamarindo
 C'est un arbre dont on peut faire du jus, c'est très désaltérant un peu comme le jus d'aloe vera donc avec tout ça, on peut bien continuer notre marathon au marché avec... du cacao 100% cacao équatorien, enfin ! On désespérait d'en voir un jour, on nous en parle, on en salive mais on se disait que tout partait à l'export dans nos rayons de commerce équitable mais non, à Cuenca, y'en a ! Et en plus, ils aiment ça, le chocolat chaud c'est un rituel ici mais on y reviendra plus tard. On ne résiste pas donc à en acheter un paquet et aussi à goûter une spécialité de Loja à base de cacahuètes. Avec tout ça, si la journée ne démarre pas bien !

Variétés de maïs dont le mote sucio ("grain sale")


Le ventre plein, les yeux régalés de ces couleurs du marché, de la valse des jupons et du bal des chapeaux, nous prenons le chemin de la nouvelle cathédrale de Cuenca. Ces coupoles azures sont le symbole de la ville, elles ornent tous les posters touristiques ! Ce matin-là, nous on n'a pas un max de chance vu qu'il fait gris donc le contraste est moins saisissant mais tout de même c'est beau et l'édifice lui-même est tout en briques donc nouveau contraste intéressant. En nous dirigeant vers la place centrale, on traverse plusieurs marchés (encore !) où notamment on vous propose des gamelles dignes de ce nom, d'une taille gigantesque. Plus loin, c'est la plazolette aux fleurs juste à côté d'une église qui affiche les couleurs d'IKEA, le drapeau suédois y est tendu à l'intérieur... mystère !

Qui veut des gamelles ?
Petit tour dans la nouvelle cathédrale et dans les rues de la douce Cuenca où on trouve encore de nombreuses églises :

Nouvelle cathédrale de Cuenca


Dédicace à Chouchou



à l'intérieur de la nouvelle cathédrale

Nouvelle cathédrale vue de devant



 

Au fur et à mesure de nos déambulations, on tombe sur d'autres marchés couverts de fruits et légumes, de viandes ou artisanaux avec de la paille tressée ou des icônes religieuses (Clem en achètera une et elle sera donc de la balade une bonne partie de la journée). Le ciel n'étant pas avec nous, la pluie se met à tomber et nous devons céder à l'achat d'un parapluie grande classe écossais gris et bleu, hihi ! Heureusement qu'il est grand et qu'il n'a pas plié sous les trombes ! En ce samedi, le seul hic, c'est que les musées ferment à 13h, dommage donc car il y en a qui doivent valoir le coup mais ce ne sera pas pour nous... On flâne donc jusqu'au puente roto ("pont cassé"), on finit par échouer au café Austria pour le déjeuner, à regarder la pluie tomber à travers les carreaux...

"Puente roto" ("pont cassé")


En fin d'après-midi, nous nous tentons une expédition shopping à la casa de la mujer ("maison de la femme") mais l'heure tardive (16h, un samedi !) a déjà fait fermer les boutiques. Cela ne nous empêche pas de céder à la coutume : s'acheter une paire de boucles d'oreilles souvenirs ! Il est 18h quand nous nous souvenons qu'un spectacle devait avoir lieu juste à côté de notre hostal, on y file donc et quelle bonne surprise ! Là, un groupe de danseurs connus et reconnus de Quito livre un de ces spectacles : habits traditionnels et danses de Cuenca, d'Otavalo, de Cayambe ou d'Esmeraldas (la côte). On est ravies (une fois de plus, vous l'aurez compris).

Danseuses traditionnelles avec l'ikat (le châle tissé)

Petite fille avec la tenue traditionnelle de la région de Cayambe, au nord de l'Equateur


Danseuse en habit traditionnel de la côte nord de l'Equateur, Esmeraldas


19h, nous remontons rapido à l'hostal pour récupérer Cécile, routarde française en Amérique du sud et rencontrée le matin et nous redescendons toutes les trois et nous prenons place sur les marches du grand escalier afin d'assister au spectacle de feux d'artifices, spécialités de la région. Il me faut vous expliquer... Ici, le feu d'artifice a lieu dans les airs mais aussi au sol car ils fabriquent des figures (bateaux, châteaux, taureaux) représentatives des croyances d'ici et les ornent de pétards. La foule est autour mais tout se passe sans souci, un jeune se balade même avec le taureau en flammes sur la tête. "Ils sont fous ces Equatoriens" dirait Obelix certes, un peu sans doute car le long de la rambarde du grand escalier, il y a aussi des pétards et là, nous sommes juste à côté donc on s'en prendra plein les oreilles et même un peu les cheveux (ouh, ça brûle). Enfin, l'essentiel c'est que tout le monde soit à la fête, la fanfare est là, les danseurs aussi, ils ont enlevé leurs costumes mais ils ont gardé leur entrain, ça fait plaisir ! Des vidéos à venir très vite pour un meilleur rendu !

Bateau en passe d'être brûlé

De même pour le château

La fanfare

Le spectacle terminé, nous allons boire un verre entre filles, à refaire le monde et à partager nos expériences latines et à déguster un excellent chocolat chaud comme il se doit ici à Cuenca !


Une bonne soirée en somme. On rentre et on se donne rendez-vous pour le lendemain : direction les villages autour de Cuenca !

jeudi 21 juillet 2011

Canoooooooa !

Clémentine enfin en vacances après 6 mois de stage à sauter de bus en bus pour rendre visite à ses communautés, l’occasion nous est donnée de nous balader. Première excursion : la côte ! Clémentine n’y a pas encore mis les pieds, le croyez-vous ? De mon côté, j’ai déjà pu parcourir la fameuse Route du Soleil au début du mois de mai, de Manta à Guayaquil. Qu’à cela ne tienne, nous irons donc un poil plus au nord, notre objectif, le petit village de Canoa.


 L’idée de départ était de nous y rendre en bus en nous retrouvant au croisement d’Aloag sur la Panaméricaine, Clémentine remontait de Latacunga et moi je descendais de Sangolqui sauf que le matin même au détour d’une conversation triviale de début de cours sur le thème : « qu’est-ce que vous allez faire ce week-end ? », un de mes étudiants évoque son départ imminent (juste après la classe) vers la côte, vers Portoviejo. Ce à quoi je réponds : « moi aussi ». Il n’en faut pas plus car étant donné qu’il va y retrouver sa femme, il est seul dans la voiture… J’appelle Clem et nous voilà vers 14h en route vers la côte, même pas besoin de galérer avec le bus, Angel nous avancera d’une bonne longueur.
Nous empruntons une route que je ne connaissais pas alors, celle de Santo Domingo de Los Colorados (ou de los Tsachilas). Le paysage se fait rapidement vert et tropical, on quitte la Sierra et les hauteurs pour des températures plus clémentes. la route descend, descend, descend, la circulation est fluide mais ils roulent tout de même comme des fous à se dépasser, redépasser… Quelques heures de route et nous traversons : Alluriqui (où nous découvrons la pâte de goyave et où nous retrouvons le sucre en barre molle comme à Baños, ils sont sur leur pas de porte à étirer la pâte avec une clou accroché là, toute une technique, c’est impressionnant), Santo Domingo de los Tsachilas, El Carmen (ville très pauvre selon les apparences et les cabanes en bois qui la constituent) et enfin, l’heure du miam miam, il est presque 17h donc il était temps. Là, à notre stop miam miam, un bus affiche notre destination « Bahia de Caraquez » mais on se dit qu’on aura vite fait de le rattrapper plus loin donc continuons en voiture… sauf que jamais on ne reverra le bus. A Chone, normalement nos chemins se séparent Angel vers Porto Viejo et nous vers Canoa si on trouve un bus… sauf que voilà, on arrive trop tard et plus de bus : que faire ? Angel propose donc de nous pousser jusqu’à Rocafuerte. Il est 19h30 quand nous y arrivons et là, soulagement un bus repart à 21h pour Bahia. La bise à Angel et nous patientons jusqu’à l’heure dite. 22h Bahia de Caraquez, un taxi et direction l’hostal « Bahia Bed and breakfast » réservé par téléphone. A l’approche du centre-ville, les rues ne sont pas très animées pour un vendredi soir, ce sera donc dodo tôt pour être d’attaque le lendemain. Ah oui, l’hostal, tout en bois, vieillot, a les lames de plancher qui craquent, une sacrée odeur de renfermé, un hall de réception avec des portraits à faire peur et des faux cadres peint sur le mur J Notre chambre est au premier étage, un escalier raide raide raide, les marches étroites à monter et là, 5 lits pour nous, une fenêtre qu’on ne peut fermer car les lits ont été placés là et une douche collector : un tuyau qui sort du mur ! Mais bon pour 8$ par nuit par personne avec petit déj, fallait pas s’attendre à un palace.
Le lendemain, par la fenêtre nous découvrons Bahia mais le soleil n’est pas au rendez-vous, un ciel bas, gris, des maisons en bois, des vélos-taxis et des bananes sur le marché d’en bas. Il ne fait pas très chaud mais ça va, c’est agréable… Un peu l’impression d’être dans les vieilles Antilles parfois. Une douche au tuyau, un petit déj tout jaune (jus, fruit, beurre) et nous voilà reparties pour Canoa. Comment faire depuis Bahia de Caraquez ? Et bien vous vous dirigez vers le quai et là, vous montez dans un petit canot à moteur pour traverser la baie (Bahia) et arriver à San Vicente de l’autre côté (0,30$). Pour l’occasion, vous avez une vue imprenable sur le plus long pont d’Equateur construit il y a peu par le corps d’ingénieurs militaires et ils en sont TRES TRES fiers… sauf que bon, par rapport à notre viaduc de Millau, il fait pâle figure mais on ne dit rien de peur de les vexer ;-) Débarquement à San Vicente, un taxi-moto pour atteindre Canoa ? Euh, non, un bon vieux bus dans lequel je me fais faucher ma place à côté de ma copine, une petite vieille dame entrée avant moi a été plus rapide, hihi. 0,50$ et une demi-heure plus tard, on nous dépose enfin à Canoa, petit village de vacances plutôt paisible comparé à l’agitation de Montañita. Il fait toujours gris mais la balade n’en est pas pour autant désagréable.

Bahia de Caraquez

Pont Bahia-San Vicente
miam miam ! Après quelques repérages, on pose les sacs à l’Hotel Bambu, l’hôtel le plus à droite de la plage, agréable et ô mince, repaire à touristes. Tant pis, la cabane est prise et on est contente de se décharger de nos paquetages pour se balader plus librement… Que faire donc ici ? Et bien… rien ! On a eu beau enquêter auprès du personnel de l’hôtel ou d’une agence, la seule chose à faire un peu à l’extérieur c’est visiter une ferme biologique sauf qu’on s’y prend un peu tard et que le transport privé n’est pas dans nos prix donc… farniente sur la plage, dodo, déjeuner de poisson, petite balade, se laisser bercer dans un hamac, boire des jus de fruits et remanger voilà donc ce que fut notre journée à Canoa.

Plage de Canoa





















Bon en même temps, il ne fallait pas s’attendre à autre chose et puis ça fait du bien aussi de se poser et d’en profiter un peu… pas toujours à courir après un bus, Clem en fait déjà pas mal et de mon côté, pour regagner Quito le lendemain… y’en a pour 8 heures ! La journée touche à sa fin et on aperçoit (enfin) le soleil au moment de son coucher mais rapido hein parce que la bande de nuages a vite fait de nous le recacher… On a donc passé la journée à glander sans trop savoir l’heure qu’il était totalement déboussolées même car notre repère solaire n’était plus, bizarre sensation. Le soir, un cocktail, du poisson et du vin pour profiter de la nuit en terrasse et nous voilà somme toute contentes de notre journée à Canoa.





Le lendemain, dimanche 2 juillet, lever pas très tard car il nous faut reprendre la route : 8h, passage du bus pour Pedernales (3$).

Haltères improvisées

Dernier cliché au petit matin : le plagiste en attendant les clients profite de SA plage

10h, nous arrivons au terminal de Pederbales où je laisse Clémentine continuer sa route le long de la côte vers le nord tandis que moi, j’embarque dans un bus tout pourri pour retourner sur Santo Domingo (4$). 13h Santo Domingo, terminal, nouveau bus jusqu’à Tambillo. Seul hic, je suis au numéro 44, c’est-à-dire tout devant à droite avec une vue imprenable sur la cabine du chauffeur. Quand la porte entre la cabine et le bus est ouverte, je vois la route et ça fait peur comment il conduit le type… On a même atterri sur un terre-plein à droite parce que sinon ses freins ne suffisaient pas et on rentrait dans le bus de devant… Je vous jure ces chauffeurs de bus équatoriens, de vrais barjos et avec lui, ses comparses qui la porte extérieure ouverte tendent les bras, style : « je suis le maître du monde ». Des cinglés je vous dis ! Tambillo, je descends du bus encore en marche et manque de me prendre une de ces gamelles, je fais style de rien mais ils doivent rire dans le bus… Descendre sur la place et monter dans un bus Amaguaña, là non plus, pas dans le meilleur état mais avec un chauffeur qui a décidé de prendre son temps donc… on n’avance pas d’un pouce ! L’entre-deux, ils ne doivent pas connaître ici. Enfin, la ESPE est en vue, il est 16h, fin du week-end et du marathon de bus aux chauffeurs fous… jusqu’à la prochaine fois !

mardi 5 juillet 2011

Dernières nouvelles

Mes étudiants me faisant quelque peu faux bond ces jours-ci, le temps m'est laissé ce soir pour continuer de vous conter mes dernières aventures équatoriennes.

Chouchou parti (18-06), c'est le cœur gros que j'ai mis le cap dans l'après-midi pour Latacunga, la première "grosse" ville au sud de Quito, sur la Panaméricaine. Si vous suivez bien, c'est le fief de Clémentine et la sachant sur la fin de son séjour ici, il faut en profiter pour découvrir son univers à elle : celui de la Sierra (la région centrale andine du pays) et les communautés paysannes. Un bus "Amaguaña" attrapé devant le campus, je file vers Tambillo et de là, à traverser la Panaméricaine (sur la passerelle bien sûr, pas comme ces fous sur la route même) pour espérer grimper dans un bus... sauf que je ne suis pas la seule et que comme les bus filent plus au sud que Latacunga, ils embarquent d'abord les passagers qui iront le plus loin... Je passe mon tour quand un jeune équatorien s'approche et me dit "Latacunga ?", bah oui et me désigne un bus sorti de nulle part, je pique un sprint, double un jeunot au passage (je tiens la forme même sans faire du sport ;-)) et je m'assois sur le premier siège ! Yes, j'y suis mais y'avait pas le feu au lac, le bus est à peine rempli donc on attend d'autres passagers soulagés par la bonne aubaine ! Il est 17h30, le voyage panaméricain peut commencer, la chance est avec moi, le temps est dégagé contrairement à il y a deux jours quand on a fait ce même bout de route avec Chouchou. Par conséquent, le Cotopaxi est là, je ne l'avais vu d'aussi près, les Illinizas aussi et dans la lumière du couchant les neiges du "Cou de la lune" - la traduction du nom indigène du Cotopaxi - se pare d'orangés, rose, mauve, je ne le quitte pas des yeux, je suis bien placée, à gauche dans le bus (désolée, pas de photos mais j'espère en septembre). Une petite consolation pour la peine qui me ronge depuis le matin...


Cotopaxi au coucher du soleil (photo extraite du web)
 "Latacunga, terminus, tout le monde descend !" Hop, un taxi et direction les bureaux d'Heifer, l'ONG où bosse et loge Clémentine. Du blabla entre copines et Clémentine m'invite à découvrir LA spécialité gastronomique de la ville les "llapingachos". En fait, ce sont des galettes de pommes de terre cuisinées avec du fromage mais le seul fait que ce ne soit pas du riz et bien des patates pour nous, c'est que du bon ! Pour cela, on est allé dans le Latacunga populaire de l'autre côté de la passerelle, à l'opposé du centre ville, dans une gargotte reconnue car il y a la queue devant l'étal. Nous, nous restons manger sur place, juste derrière l'étal avec une ou deux familles d'équatoriens sur une table et on aime. Dans l'assiette donc, les fameux llapingachos avec de l'avocat, un peu de viande et une petite salade composée. De quoi nous caler, nous réchauffer car Latacunga est l'une des villes les plus froides d'Equateur même si ce soir, ça va et nous remplir l'estomac pour bien dormir !

Vendeuse de llapingachos (photo web)
 Ici la recette, à vous de jouer !

Ingrédients

- 4 livres de pommes de terre
- 1 oignon blanc finement coupé
- 4 cuillères d'huile avec de l'achiote (comme on l'appelle ici, sinon c'est le roucou, le fruit d'un arbre)
- 250 gr de fromage râpé
- 2 blancs d’œufs
- sel selon votre goût

Préparation

- Faites revenir l'oignon dans l'huile.
- Faites cuire les pommes de terre et une fois cuites, écrasez-les pour en faire une purée
- Ajoutez l'oignon frit à la purée et formez des boules
- Faites un trou dans la boule et insérez le formage râpé, fermez et aplatissez pour former des galettes
-Dans une poêle, faite-les dorer.

Conseils

Servez avec de la salade, des tomates et de l'avocat.

Le plat de llapingachos (photo web)
  Le lendemain, dimanche, levées à 6h et décollage à 7h, hop un taxi encore et la Panaméricaine de nouveau, toujours en directions du sud, jusqu'à Ambato. Un bus arrive juste, nous grimpons dedans mais à l'intérieur, tout le monde dort et l'odeur des couvertures et du renfermé n'est pas des plus agréables... contrairement à ce qui se passe dehors. Il fait beau et j'ai de la chance car devant nous, deux volcans sont visibles... Même Clémentine qui fait cette route tous les dimanches ne les a jamais vus aussi dégagés. A gauche, le Tungurahua, 5 023m d'altitude, il est situé près de Baños, celui-là même qui peu après le départ des parents fin avril est de nouveau entré dans une phase explosive. Et, à droite, le grand Chimborazo, le plus haut sommet du pays, 6 268 m, il est situé près de Riobamba et son diamètre au pied est de 20 km, imaginez un peu la bête. Tandis que le premier ne présente pas de sommet sous la neige, le second en a la crête couverte et sur le fond bleu, c'est juste beau ! Nous continuons de le côtoyer en bus, lors de notre voyage Ambato-Quisapincha, un village où Clémentine travaille. Le dimanche c'est jour de marché (chic ! chic ! chic !), l'occasion de renouer avec nos habitudes boliviennes et de déguster un jus de fruit au stand d'une petite dame, miam !

Le volcan Tungurahua (photo web)
Le volcan Chimborazo (photo web)
 Ce mois-ci, ce sont les fêtes du village. Dommage pour nous, la corrida de taureaux c'est pour la semaine suivante mais en même temps, en voyant les tribunes qui ont été installées, un enchevêtrement de planches qui fait qu'on se demande bien comment ça tient et s'il n'y a pas des accidents, on s'estime un peu soulagées. Clémentine s'attelle avec ses "compañeros" ("compagnons") à leur faire comprendre le fonctionnement du logiciel de micro-crédit en nature, à leur faire remplir correctement les fiches pour que le suivi soit assuré, la scène est épique et ces petits messieurs sont tout de même bien attachants. L'un avec son feutre gère à peu près la crise et un autre entre avec son bob (véridique) estampillé mickey et présente les papiers, s'inquiétant bien régulièrement "c'est bon hein ? j'ai bien fait ?" tel un enfant de... 50 ans. Drôle.

Détails des tribunes en bois
 Je laisse Clémentine à ses compagnons et je m'aventure au milieu des tribunes où se tient en ce matin la foire aux bestiaux ! Oui, j'aime ! La forêt de chapeaux de ces dames, leurs sacs tendus où les cuyes (cochons d'inde d'ici, un peu plus gros et qu'on mange) s'agitent, les cochons qui grouinent, un mouton qui pend les pattes en l'air, la tête en bas, la gorge tranchée et la bassine en-dessous pour récupérer le sang, oui, j'aime ! J'assiste au spectacle en touriste et intruse car je suis la seule ! Peu de touristes montent ici, je suis donc une privilégiée et je me mets en retraits appuyée sur les remparts en bois pour continuer d'observer la scène. Pas de photos, prudence oblige même si, si ça se trouve, j'aurais pu faire d'excellents clichés, photos mentales pour moi et vous, place à votre imagination. Pour parfaire la scène et vous aider à imaginer, les femmes d'ici sont habillées d'une jupe noire, un haut sombre également mais en général elle attache sur leurs épaules une étoffe épaisse (polaire ?) bleu turquoise ou rose fushia, le contraste y fait, c'est chouette. Quelques-unes d'entre elles me souriront : "tiens, mais qu'est-ce qu'elle fait là elle avec son k-way "quechua" ?". Autour des tribunes, les pick-up sont garés et leurs chauffeurs attendent les clients et leurs marchandises pour les emmener encore plus haut dans les villages du paramo. Les cochons font des siennes à la montée, on les attrape par les oreilles, on leur tape sur les fesses bref ils monteront coûte que coûte. Au bout d'un moment, un des chauffeurs vient s'enquérir de ma personne et de mon investigation, étonné de voir une touriste dans le coin.


Il est presque midi quand Clémentine se libère, nous retrouvons devant l'église Maria et Zita mes voisines de la résidence également en visite dans le coin, dans la famille de Maria. Un petit tour sur le marché, des empanadas en passant parce qu'il fait faim mine de rien et nous nous séparons de mes voisines pour quelques emplettes. D'abord, à même le sol, nous achetons enfin ces petits ceinturons tissés qui me plaisent tant et qui ornent et les ceintures des dames et leurs nattes, j'adore. Je n'en achète que deux mais l'envie de dévaliser l'étal de la dame est forte (le porte-monnaie est juste à sec :-(). Une prochaine fois pour pouvoir réaliser des cadres originaux pour mes photos... Suite du shopping dans les boutiques et oui, malgré le caractère rustique des rues en terre, des maisons en adobe, Quisapincha est l'autre capitale équatorienne du cuir (avec Cotacachi où nous sommes également allées le 14 mai dernier). Hélas, il y a encore moins de choix et ce sont surtout des vestes, des chaussures formelles qui sont en vitrine, rien d'original, d'un peu ethnique d'ici donc nous revenons les mains vides, juste contentes de nos ceinturons tissés très bon marché (1,50$ l'un). L'heure avance et après avoir fait toutes les boutiques, il est 14h30, il fait beau et Quisapincha n'offrant ni un café, ni une terrasse où siroter un verre, nous décidons de redescendre et de nous arrêter au Parque de la familia, sur les hauteurs d'Ambato, la balade dominicale typique des familles d'ici, on suit donc. Il fait beau, c'est agréable, un peu chaud et de l'herbe, il n'en faut pas plus pour voir deux étrangères s'allonger et s'endormir pour une petite sieste.
Vue d'Ambato depuis le parque de la familia

Les fameux ceinturons


Mais pas trop longtemps car il me faut rentrer sur Quito donc on redescend sur Ambato, le terminal et de là, bus pour moi jusqu'à Sangolqui, normalement j'arrive à temps pour prendre le dernier bus qui me conduira à la résidence... sauf que c'était sans compter sur un accident sur la Panaméricaine, juste après Latacunga et donc, des ralentissements incroyables, un bouchon qui nous fait perdre quasi une heure et donc à moi, mon bus. Même si le bus me dépose presque à côté du campus, rentrer à pied n'est pas envisageable, au dit rond-point du Colibri, d'autres jeunes désespèrent de trouver un taxi quand enfin, l'un se présente et allant dans la même direction, nous partageons, ouf, je suis sauvée, j'y laisse mes dernières pièces et je file vite défaire mon sac et m'endormir la tête pleine de volcans, de dames joliment habillées et de cris d'animaux. Quant aux pensées du cœur, elles sont bien arrivées à destination, là-bas, trop loin mais bien vite il sera de retour !